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01/11/2014

Un non-lieu pour Éric Woerth

Hippodrome de Compiègne - Éric Woerth : "J'ai été traîné dans la boue"

L'ancien ministre du Budget détaille les forces politiques qui ont gonflé l'affaire de l'hippodrome de Compiègne en passe de s'écrouler..

L'affaire de l'hippodrome de Compiègne va-t-elle faire "pschitt" ? C'est en tout cas un non-lieu qui est requis pour Éric Woerth, l'ancien ministre du Travail et du Budget, qui, après quatre ans et demi d'enquête, entrevoit le bout du tunnel. Ses malheurs commencent lorsque, le 16 mars 2010, cet élu de l'Oise valide, en tant que ministre du Budget, la vente de gré à gré pour 2,5 millions d'euros d'une parcelle de 57 hectares de la forêt de Compiègne à la Société des courses de Compiègne. Cette parcelle comportait un golf et un hippodrome.

Le Point.fr : Comment, selon vous, la vente d'une forêt peut-elle devenir une affaire d'État ?

Éric Woerth : Il a fallu quatre-vingts pages d'audition et trois juges d'instruction pour qu'on en arrive à reconnaître ce que je disais depuis le début : je ne connaissais pas la Société des courses de Compiègne et je n'ai fait que valider une vente dont le prix - jugé modique - avait été établi à partir des tarifs de France Domaine. Ma décision de valider cette vente était étayée sur la base d'un dossier juridique solide. On peut bien sûr toujours contester une analyse juridique, mais ce n'était certainement pas du pénal.

Pourquoi est-ce devenu du pénal ?

Tout est parti de la saisine par Corinne Lepage de la Cour de justice de la République. Je n'ai jamais trop compris pourquoi Corinne Lepage, que je ne connaissais pas, s'est imaginé que cela relevait d'une affaire de corruption. Le procureur Nadal a reçu son courrier et a décidé d'enclencher la procédure. À partir de là, j'ai eu un mal fou à me faire entendre. J'ai été traîné dans la boue. Bon, on s'en remet. J'étais devenu inaudible auprès des médias, surtout qu'en plus s'est greffée l'affaire Bettencourt.

Mais il n'y a pas eu que l'action de Corinne Lepage. L'actuelle secrétaire d'État à la Famille, Laurence Rossignol, vous a également mis en cause...

Laurence Rossignol, qui n'était pas encore sénatrice à l'époque, était visiblement en mal de notoriété. Elle cherchait à se faire élire maire de Compiègne et n'y est d'ailleurs jamais parvenue. Et donc, pour améliorer sa visibilité locale, elle a décidé de porter plainte auprès du TGI de Compiègne pour faire annuler la vente. D'autres socialistes l'ont rejointe dans sa démarche, comme Henri Emmanuelli, Jean-Louis Bianco, Jean Glavany... Dans cette plainte, ils mettaient en cause les fonctionnaires et l'association hippique acquérante. Mais ce n'est pas tout, voilà que des syndicats de gauche de l'Office national des forêts (ONF) sont entrés dans la bagarre. Pour des raisons qui sont très éloignées de la vente de l'hippodrome...

Lesquelles ?

Le Premier ministre, François Fillon, avait décidé de déménager le siège de l'ONF (9 500 personnes, NDLR) de Paris à Compiègne. Les syndicats s'y opposaient. J'étais alors chargé de mettre en oeuvre ce déménagement. Comme j'étais affaibli, ils en ont profité pour attaquer la vente de la parcelle forestière de Compiègne devant le tribunal administratif. Je le répète : ici, ils ne cherchaient qu'à profiter de ma situation de faiblesse pour revenir sur la décision de Matignon d'installer le nouveau siège de l'ONF à Compiègne. On peut dire que ça a marché : Fillon a bien signé le décret, l'État a acheté les terrains qui devaient accueillir l'ONF à Compiègne et l'agence n'a pour autant jamais déménagé...

Au fait, vous connaissez l'hippodrome de Compiègne ?

Non, je n'y ai jamais mis les pieds (sourire). Parfois, je me dis "tiens, je devrais y aller, pour voir". Peut-être que je le ferai un jour. Quand tout sera fini.

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