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29/05/2015

presse "MINUTE" du 27 mai 2015

« Le campement ne doit pas être une zone de non-droit »

Depuis 2008, Sandrine Deblock (UMP) est conseillère

Municipale d’opposition à la mairie socialiste de Wattrelos. Et le dossier des gens du voyage, elle connaît…

 « Minute » : La ville de Wattrelos va bientôt être équipée d’une nouvelle aire d’accueil pour les gens du voyage. C’est une bonne idée?

 Sandrine Deblock : Il y a un problème. Je ne pense pas que cette aire réponde aux objectifs de la loi, qui est d’offrir une aire d’accueil aux gens du voyage. Car là, il s’agit de loger, pour 100 euros par mois et par famille, des gens dont certains campent à Wattrelos depuis… 1991 ! Ils vivent toujours dans des caravanes mais ils restent sur place. Alors d’un côté, on ne peut pas nous dire que ces gens sont des Wattrelosiens et des Français à part entière, et de l’autre les installer dans un camp où ils vivent en marge de notre société. Je ne comprends plus ! Et maintenant, on apprend la construction d’un mur derrière lequel ils seront parqués comme des animaux.

Le chef de la communauté déclare pourtant que ce mur ne le dérange pas…

Un jour il se plaint, un jour il dit qu’il est content. Faudrait savoir ce qu’il veut. Moi, ce que j’aimerais bien, c’est que le campement de ces gens du voyage ne soit plus une zone de non-droit. J’hésite à vous le dire, mais je vous le dis. Les riverains de l’actuel emplacement se plaignent. Les gens du voyage sont des ferrailleurs, ils cassent des voitures, ils font du bruit, ils brûlent des pneus, ça crée des tensions avec le voisinage. Et je mesure mes propos.

Le maire, M. Baert, a promis que désormais il ferait régner la loi. Mais je souhaiterais savoir quels arrangements il a passés avec eux. Car tout ce qui touche au campement relève de l’omerta. Les élus d’opposition n’ont accès à aucun dossier. L’an dernier, j’ai réussi à être nommée suppléante au syndicat mixte des gens du voyage, mis en place par la communauté urbaine de Lille Métropole. Au bout d’un mois, on m’a priée de dégager pour faire une place à un membre de la communauté urbaine…

En 2010, pour favoriser la sédentarisation des gens du voyage, le maire avait annoncé que des appartements aménagés dans l’ancienne gendarmerie seraient mis à leur disposition. Quel est le résultat?

 Je m’y étais personnellement et fermement opposée. Je vais vous expliquer pourquoi. Déjà, je trouvais injuste que les gens du voyage soient prioritaires alors que certains Wattrelosiens attendent parfois cinq ans pour obtenir un logement ! Mais surtout, j’estimais que ce n’était pas une bonne solution. Le maire voulait mettre la totalité de la gendarmerie à la disposition des gens du voyage, soit six appartements, plus un attribué à un éducateur, plus un à une association de soutien… Ce que je proposais, c’était de mélanger les locataires afin de favoriser la mixité sociale. Mais cette idée de mixité a fait peur à tout le monde et le projet a capoté. A ma connaissance, une seule famille des gens du voyage réside aujourd’hui dans l’ancienne gendarmerie, et de façon provisoire, car elle attend la fin des travaux de la nouvelle aire d’accueil pour aller s’y installer.

 Et que pensez-vous de la rumeur selon laquelle un nomade aurait gagné un million et demi d’euros au PMU?

 Je vous livre mon témoignage. J’étais dans un commerce de Wattrelos et devant moi, il y avait un chef du campement qui racontait qu’il ne savait pas encore ce qu’il allait faire de tout cet argent… Quand il est parti, le commerçant m’a expliqué que c’était une grosse somme gagnée au PMU. J’étais sur le derrière. Maintenant, si c’est vrai, ils n’ont qu’à acheter un terrain et s’y installer. _

 Propos de SANDRINE DEBLOCK  recueillis par PIERRE TANGER

Article de presse « MINUTE » du 27 mai 2015

Wattrelos morne plaine

Ces gens du voyage… qui ne  voyagent plus !

Wattrelos, 40 000 habitants, est une ville du département du

Nord, frontalière de la Belgique. Et sa future aire d’accueil des gens du voyage fait aujourd’hui polémique car elle sera entourée d’un mur, qualifié par les bien-pensants de « mur de la honte ». Mais en réalité, ce qui est intéressant, c’est devoir ce qui passe de l’autre côté du mur…

 Le maire socialiste a plus peur du FN que des gens du voyage

En septembre dernier, Dominique Baert, le député-maire socialiste de Wattrelos, menaçait : pas question de construire une nouvelle aire si les gens du voyage continuaient à mal se comporter. Le journal « La Voix du Nord » en faisait ses choux gras : « C’est le coup de gueule de la rentrée : tant que l’ordre ne sera pas revenu sur l’aire provisoire d’accueil des gens du voyage, les travaux de la nouvelle aire ne seront pas lancés. » Le maire promettait que les « fauteurs de trouble » seraient chassés, sous peine, disait-il, « de créer un sentiment d’impunité et d’offrir un boulevard au Front national ».

Depuis les élections municipales de mars 2014, la première force d’opposition à Wattrelos est effectivement le Front national, qui, au conseil, aligne une équipe de six élus. Parmi eux Jean-Luc Noyez.Contacté par « Minute », il témoigne que sur place, les gens du voyage posent des problèmes : « En octobre dernier, je me suis invité à un comité de quartier, dont l’ordre du jour était la construction de la nouvelle aire. Il y avait des représentants de la ville et de Lille Métropole, des gens du voyage et des riverains. » Il faut ici préciser que la nouvelle aire est dans le même quartier que l’emplacement actuellement occupé par les gens du voyage. D’après Jean-Luc Noyez, les débats ont été animés : « Les riverains n’étaient pas très contents… Les nomades brûlent du cuivre, ils désossent des voitures, leurs enfants s’amusent à jeter des cailloux… Et il y a le problème des ordures qui attirent des rats. Le voisinage a demandé à être protégé. Quinze jours après, il a été décidé de faire un mur. Tout le monde était content. »

Les problèmes évoqués lors de cette réunion, le maire Dominique

Baert les connaît bien. La preuve ? Avec le concours financier de Lille

Métropole, la municipalité a recruté deux médiateurs pour dialoguer avec les gens du voyage.

Leur mission principale : « Prévenir les dérives liées à la gestion des déchets, à la consommation des fluides, aux dégradations et au respect du règlement intérieur. » Le coût global de cette opération, sur un an, est de 91 000 euros. Est-ce que cela a rassuré les Wattrelosiens?

Aux dernières élections départementales, même si au final il a été battu, le binôme du FN est arrivé largement en tête au premier tour à Wattrelos, avec 46,09 % des voix, loin devant le binôme du PS

(31,52 %) emmené par Henri Gadaut, premier adjoint au maire Dominique Baert, en charge des questions liées… aux gens du voyage.

Wattrelos, depuis 2009, on trouve une « zone artisanale» où une communauté de nomade travaille le cuivre, désosse les voitures et joue de la guitare: c’est un campement « provisoire » pour gens du voyage. Or la structure ne répond pas aux normes de sécurité et d’hygiène.

La ville, avec le soutien financier de la communauté urbaine de Lille Métropole, va donc entreprendre la construction d’une nouvelle « aire d’accueil pour les gens du voyage » sur un terrain quijouxte la frontière franco-belge.Le 15 mai, c’est Alfred Gadenne, le bourgmestre de la ville frontalière belge de Mouscron, qui a vendu (et allumé) la mèche: « Nous avons demandéqu’un mur soit apposé autour du camp ducôté de la frontière belge. […] Le but n’estpas de cacher ces gens mais bien de mettre en place un dispositif plus sécurisant. »

Henri Gadaut, premier adjoint au maire de Wattrelos, en charge du dossier, a alors confirmé que le camp serait « sécurisé », et pas seulement du côté de la frontière: « Il s’agit d’une simplepalissade, qui a été ajoutée au projet d’aired’accueil à la demande des riverains tantbelges que français. » L’info a fait grand bruit: Wattrelos a fait la une des journaux avec son « mur de la honte ». L’ancien ministre

Jacques Toubonaujourd’hui défenseur des droits (une institution de l’Etat complètement « indépendante » créée

pour défendre les personnes dont les « droits ne sont pas respectés ») a immédiatement condamné ce mur qui serait « contraire à la dignité humaine »! Mais Toubon a tout faux. Chef historique des nomades installés à Wattrelos, David Demestre a déclaré que ce mur ne les dérangeait pas, bien au contraire: « Nous nesommes pas choqués! C’est même pournous qu’ils font ça! C’est pour notre intimitéet pour la tranquillité entre voisins,c’est tout. » Il a même ajouté qu’il ne fallait pas toucher au projet: « S’il n’yavait pas de barrière prévue, on en demanderaitune pour la sécurité de nos enfants! »

Les gens du voyage n’aiment pas la gendarmerie

A Wattrelos, en réalité, le problème, ce n’est pas le mur. Selon la loi, toute ville de plus de 5000 habitants doit offrir une aire d’accueil aux gens du voyage, avec une autorisation d’occupation généralement limitée à neuf mois. Or à Wattrelos, la nouvelle aire n’est pas destinée à des nomades de passage mais à la communauté « sédentarisée » occupant actuellement l’emplacement qui n’est pas aux normes. Cette communauté, composée d’environ 80 personnes, est sur place depuis un… quart de siècle, puisque leur premier camp s’est installé

en 1991! Dès lors, ne serait-il pas souhaitable, pour mieux intégrer ces gens du voyage qui ne voyagent plus, de leur proposer des logements sociaux?

Dès 2010, sur son blog, Dominique Baert, le député-maire socialiste deWattrelos (premier magistrat depuis le10 mai 2000), écrivait que l’avenir dunomade était d’avoir le toit d’une maisonau-dessus de la tête : « Ce seraitl’aboutissement humain d’un parcours d’intégrationprogressive de ces familles françaisesdans notre société. Après avoir vécusur notre territoire, scolarisé leurs enfants,elles quittent caravanes et mobilhomes,pour s’installer dans des murs au cœur dela ville. C’est, par principe, un chemin réussid’insertion, où vivre ensemble et mixité sociale reçoivent une illustration parfaite. »

La nouvelle aire financée avec l’argent du PMU ?

A l’époque, le maire avait un projet: installer six familles de nomades dans des appartements aménagés dans l’ancienne gendarmerie. Tout avait été prévu: la ville et la communauté urbaine de Lille s’engageaient à couvrir les loyers impayés! Mais de six familles, l’objectif est tombé à quatre familles. Et aujourd’hui, selon le témoignage re - cueilli par « Minute » (voir notre entretien), seule une famille s’est installée, et encore, à titre provisoire!

Les gens du voyage ont donc refusé d’être casernés à la gendarmerie (on a peut-être oublié de leur signaler que les cellules avaient été supprimées…). Ils préfèrent la vie en caravane. C’est leur choix. Mais est-il normal que la ville et la communauté urbaine leur offre un « camping » flambant neuf, dont le coût est estimé à 639800 euros hors taxes? Où ils bénéficieront d’un tarif préférentiel, de 3 euros par jour et par famille, eau et électricité comprises, et sans taxe d’habitation à payer? Puisque ce camp leur est exclusivement destiné, il serait logique qu’ils participent à son financement. Mais avec quel argent? Il y a peut-être une bonne nouvelle.

Le 2 avril dernier, le PMU a annoncé qu’un parieur avait gagné au Quinté

Plus la somme de… 1575348 euros. Et le ticket gagnant a été validé à… Wattrelos.

Aussitôt la rumeur a couru que le nouveau millionnaire faisait partie des gens du voyage. Le journal « La

Voix du Nord » a alors mené l’enquête, en se rendant sur le campement, où il a recueilli des témoignages intéressants:

« Vous pouvez l’écrire dans votre journal. De toute façon, la police, les habitants, tout le monde le sait », confirme l « chef ». Ou: « Une jeune femme désigne un cabriolet allemand rutilant qu’aurait acheté l’un des gagnants. […] Il semblerait même qu’il n’y ait eu qu’un seul gagnant, qui aurait ensuite partagé le pactole avec son frère et son beau-frère. » Mais au final,« les uns et les autres ne semblent pas tous d’accord pour qu’on parle de “l’affaire”… »

 

Maintenant, avec un mur autour de leur nouveau campement, ils auront l’assurance d’être à l’abri des voleurs.

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